Impact sur l’économie
La menace de droits de douane généralisés et potentiellement durables sur les produits canadiens brandie par les États-Unis et la perspective de représailles de la part du Canada font couler beaucoup d’encre; ils constituent également une nouvelle source d’incertitude pour les ménages, les entreprises et les investisseurs canadiens.
Pendant que les négociations commerciales se poursuivent, Vanguard a modifié ses prévisions de croissance de l’économie canadienne, en réponse à l’orientation des statistiques économiques et à l’intensification de l’incertitude politique. Notre scénario de base prévoit l’imposition de droits de douane américains de 10 % en moyenne sur les produits canadiens et de droits de même ampleur de la part du Canada.
Le cas échéant, la croissance du PIB du Canada risque de diminuer de 50 pb (de 1,8 % à 1,3 %) en 2025, sous l’effet essentiellement de deux éléments. L’incertitude entourant la poursuite des négociations commerciales pèse sur les marchés de l’emploi et sur les investissements des entreprises au Canada et se soldera selon nous par un déficit de croissance de 0,25 % sur l’ensemble de l’année. La mise en place des droits de douane eux-mêmes et des mesures de représailles amputera par ailleurs la croissance de 0,25 % de plus. La baisse des exportations canadiennes se traduira par une détérioration des termes de l’échange et par une diminution du PIB potentiel, en raison de l’excédent de l’offre qui en résultera à court terme.
La croissance du PIB devrait rester inférieure au niveau tendanciel

Source : Étude de Vanguard, Statistique Canada
Nous nous attendons désormais à ce que l’inflation de base s’établisse à 2,4 % en fin d’année, contre 2,2 % précédemment. La hausse des prix des produits américains importés fera monter les coûts au Canada; l’augmentation du chômage pèsera par ailleurs sur la demande globale de biens, ce qui entraînera un problème encore plus important. De plus, parce que les importations américaines vont diminuer, l’offre de biens deviendra excédentaire, ce qui fera baisser les prix.
Les entreprises devraient par ailleurs absorber une partie des hausses de coûts.
Nous nous attendons désormais à ce que le taux directeur de la Banque du Canada (BdC) s’établisse à 2,25 % en fin d’année, contre 2,5 % précédemment. Le risque de ralentissement de la croissance devrait en effet pousser la banque centrale à réduire encore ses taux, malgré les possibilités d’accélération de l’inflation. Ses dirigeants ont été clairs : la politique monétaire est un instrument général qui permet de relancer ou de freiner la demande dans l’ensemble de l’économie. Pour venir en aide aux travailleurs et aux entreprises les plus durement touchés, il faut passer par les programmes budgétaires, qui sont beaucoup plus ciblés. Il y a donc peu de chances que la BdC fasse passer son taux directeur sous la barre des 2 % cette année. Enfin, nous nous attendons désormais à ce que le taux de chômage s’établisse à 7,0 % en fin d’année, contre une prévision précédente de 6,7 %.
Retombées économiques en cas d’imposition de droits de douane américains de 10 % en moyenne sur l’ensemble des produits canadiens et de mesures de représailles de la part du Canada :
2025 |
Prév. actuelle |
Nouvelle prév. |
Variation |
Part de l’incertitude |
Part des droits de douane eux-mêmes |
---|
PIB |
1,80 % |
1,30 % |
-0,50 % |
-0,25 % |
-0,25 % |
Inflation (de base) |
2,20 % |
2,40 % |
0,20 % |
-0,20 % |
0,40 % |
Taux de chômage |
6,70 % |
7,00 % |
0,30 % |
0,10 % |
0,20 % |
Taux directeur (fin de l’exerc. 2025) |
2,50 % |
2,25 % |
-0,25 % |
s.o. |
s.o. |
Source : Recherche de Vanguard
Impact sur les différents secteurs
Ses chaînes d’approvisionnement étant internationalement intégrées, le secteur canadien de l’automobile risque d’être le plus touché. Produits finis et composantes traversent les frontières plusieurs fois et donnent lieu à des droits de douane à chaque fois, ce qui augmente d’autant les coûts assumés par les constructeurs d’automobiles et, en bout de course, par les consommateurs.
Si les droits de douane sur les importations canadiennes d’énergie sont moins élevés, c’est en raison de l’importance du pétrole canadien pour l’économie américaine. Les produits énergétiques canadiens se verront imposer des droits de 10 %, contre 25 % pour les autres biens canadiens.
Le Canada a représenté plus de la moitié des importations américaines de pétrole en 2024; d’ailleurs, aux États-Unis, les raffineries sont conçues pour traiter le pétrole canadien, plus lourd.
Les droits de douane risquent également de nuire aux exportations de bois d’œuvre canadien, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les constructeurs d’habitations américains.
Nos recommandations aux conseillers
1. Ces derniers temps, le dollar canadien a décroché, le S&P/TSX est retombé à son plus bas niveau des quatre derniers mois et le S&P 500 a subi une correction. Nous devons encourager les investisseurs à faire abstraction de l’actualité et à garder le cap sur le long terme, dans la mesure où les replis provoqués par les événements géopolitiques ne durent généralement pas longtemps.
Les replis provoqués par les événements géopolitiques ne durent généralement pas longtemps1

Sources : Calculs effectués par Vanguard à partir de données de Refinitiv, au 31 décembre 2024.
Le rendement passé n’est pas garant des résultats futurs. Le rendement d’un indice ne correspond pas exactement à celui d’un placement précis dans la mesure où il est impossible d’investir directement dans un indice.
Tous les placements comportent des risques, y compris un risque de perte du capital investi.
Nous souhaitons rappeler que les fluctuations des marchés des capitaux ainsi que d’autres facteurs peuvent entraîner une baisse de la valeur de votre compte.
2. Les actions américaines sont actuellement surévaluées et risquent de perdre du terrain si les choses ne se passent pas comme prévu. Pensez à diversifier les placements en actions. Les marchés seront-ils placés sous le signe du momentum (auquel cas les vedettes des derniers mois conserveraient leur avance) ou des fondamentaux (moteurs de rendements à long terme) en 2025? Tout dépendra des risques économiques et politiques. Selon notre analyse, il faudrait que les marges bénéficiaires doublent, de 12,8 % à 26,8 %, ou que le ratio cours-bénéfice passe de 28,1 à 54,3 pour justifier les valorisations boursières actuelles aux États-Unis. Pour ceux qui sont prêts à prendre le risque de s’éloigner de leur indice de référence, vous pouvez envisager de faire plus de place aux actions hors ÉtatsUnis.
Pour que les rendements dépassent 13 %, il faudrait des marges bénéficiaires records, des valorisations records ou une combinaison des deux2

Source : Calculs de Vanguard, au 31 décembre 2024.
3.. Repensez les titres à revenu fixe. Les titres à revenu fixe n’avaient pas vraiment pu jouer leur rôle de contrepoids quand les taux étaient au plus bas dans les années 2010. Maintenant que les taux remontent, les choses ont changé. Les taux réels sont positifs et le « mur des coupons » est asymétrique (plus de potentiel de hausse que de risque de baisse). Le graphique ci-dessous montre que, même si les taux augmentent de 100 pb, il est à peu près certain que ce « mur des coupons » atténuera l’effet de la baisse des cours obligataires. Consultez les Principes pour la réussite en placement de Vanguard : vous y trouverez une stratégie qui a fait ses preuves, tous cycles de marché confondus et quelle que soit la situation géopolitique.
Perspectives de rendements asymétriques pour différentes variations des taux3

Source : Calculs de Vanguard, à partir de données de Bloomberg, au 28 février 2025.
1 Remarques : Les rendements sont ceux de la moyenne Dow Jones des valeurs industrielles jusqu’en 1963 et de l’indice S&P 500 par la suite. Tous les rendements sont des rendements des cours. Les rendements qui ont suivi les événements énumérés ci-après n’apparaissent pas dans les graphiques ci-dessus, mais sont inclus dans les moyennes : la crise du canal de Suez (1956), la construction du mur de Berlin (1961), l’assassinat du président Kennedy (1963), l’autorisation des opérations militaires au Vietnam (1964), la guerre israélo-arabe des Six jours (1967), la guerre israélo-arabe/embargo pétrolier (1973), l’exil du shah d’Iran (1979), l’invasion de la Grenade par les États-Unis (1983), les bombardements américains en Libye (1986), la première guerre du Golfe (1991), la procédure de destitution du président Clinton (1998), les bombardements au Kosovo (1999), les attentats du 11 septembre (2001), l’intervention multinationale en Libye (2011), l’intervention américaine contre l’État islamique en Syrie (2014) et la procédure de destitution du président Trump (2019 et 2021).
2 Toute projection est par nature hypothétique et n’est ni le reflet ni une garantie des résultats futurs. Remarque : Le graphique présente différents scénarios permettant d’atteindre des rendements totaux de 13 % en rythme annualisé, moyennant une croissance des revenus de 5,9 % et des dividendes de 1,8 % (chiffres annualisés, sur la prochaine décennie), et décompose nos prévisions médianes en date du 31 décembre 2024.
3 Remarques : Le graphique illustre les perspectives de rendement total à un an (axe des x) pour différentes variations des taux de rendement (axe des y) pour les indices Bloomberg Global Aggregate Canadian 10+ Year Float Adjusted Bond, Bloomberg Global Aggregate Canadian Float Adjusted Bond et Bloomberg Global Aggregate Canadian Government/Credit 1-5 year Float Adjusted Bond. Les calculs supposent une augmentation des taux des obligations dont l’échéance correspond à la durée des taux principaux de l’indice par période, au cours de la première moitié de la période de détention d’un an.